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Appel à l'union nationale en Guinée par Djély Karifa SAMOURA membre du CNT

21 octobre 2013
Aujourd’hui 21 octobre 2013 nous sommes à quatre jours de la publication des résultats des élections législatives qui ont eu lieu en République de Guinée. C’est aussi aujourd’hui que les résultats provisoires sont officiellement présentés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à la Cour suprême de Guinée.
À première vue ces résultats dénotent une concurrence intense entre majorité présidentielle et opposition. En examinant les chiffres il apparaît que la majorité a obtenu 53 sièges et l’opposition 49 — dans trois courants différents.


Dans beaucoup de pays plus apaisés que le nôtre cela signifierait une victoire du parti actuellement au pouvoir, mais une vigueur de l’opposition qui ne serait pas sans espérance et pourrait s’exprimer mieux dans d’autres scrutins, à différents niveaux de la vie politique de ces pays. Mais il n’en est pas ainsi en Guinée.

En Guinée, ces chiffres expriment hélas un énorme dilemme, et pour être simple une croisée des chemins entre le bien et le mal, entre la prospérité du pays ou au contraire son déchirement.

Comment expliquer un tel dilemme ? D’abord notre pays est depuis des années, à présent, dans une querelle entachée de violence, d’une violence grave, qui pourrait sombrer dans une véritable guerre civile, et faire basculer ce pays dans la ruine et la tragédie. Cela est en soi une grande déception, alors que le pays émerge de deux longues dictatures, et même d’une troisième plus brève, née d’un coup d’état.

Au moment de cette transition il y a eu beaucoup d’espoir, et des rêves de lendemains qui chantaient, ces lendemains étant tout auréolés par les richesses naturelles du pays, notoirement très grandes, et capables de lui assurer un avenir heureux. Il y a eu quelques confirmations de l’approche d’un tel avenir, mais ces bons résultats se sont situés sur des bases économiques encore un peu techniques pour notre peuple, donc qui reste à bien comprendre : par exemple le fait que la Guinée a cessé en 2012 d’être un PPTE, un pays pauvre très endetté.

Dans ce nouveau contexte des contrats commerciaux avec des investisseurs étrangers ont été précisés et améliorés, notamment pour le célèbre gisement de fer de Simandou (qui fait l’objet d’âpres convoitises et même de déstabilisation du pays tout entier en tout cas de son président démocratiquement élu en 2010 par de puissants groupes financiers transnationaux), et pour d’autres activités qui apporteront à la Guinée une richesse qui améliorera le bien être de son peuple, et lui permettra de surmonter le chômage qui dévaste ses quartiers pauvres, à Conakry pour commercer.

Le Conseil National de la Transition – CNT, qui fait office de parlement, a aussi adopté des dispositions constitutionnelles qui protègeront notre pays contre le bradage et la dilapidation de ses ressources, si fréquents au cours des décennies passées, et qui ont plongé notre peuple dans la misère.

Mais ces progrès n’ont pas suffi à rassurer suffisamment notre peuple. Alors il ne faut pas que nous nous contentions de dire, comme beaucoup de gouvernements dans le monde, qu’il faut donner du temps au temps, qu’il faut de la patience. Au contraire le surlendemain de la publication des résultats des législatives et les jours suivants sont des journées de grands choix, de choix dont peut dépendre le bonheur ou le malheur de la Guinée pour des années.

Evidemment la gravité des choix est rappelée par le fait qu’il y a eu une attente d’environ un mois pour proclamer les résultats des élections législatives. Cette attente était inspirée par la crainte de graves troubles au moment de cette proclamation. Et cette crainte était attisée par des querelles virulentes dans la période qui a précédé ces élections, qui avaient abouti à leur report pour obtenir l’accord de l’opposition, et le tout a été émaillé de violences inquiétantes, qui ont causé la mort de beaucoup de jeunes, d’enfants même.

Au moment où ce texte est écrit, l’opposition déclare s’interroger encore sur les positions qu’elle devrait prendre maintenant, une de ces positions étant une contestation violente des résultats. Pourtant la tenue des élections a été entourée de garanties, matérialisées par la présence dans les bureaux de vote de milliers d’observateurs étrangers — de l’Union africaine, de l’Union européenne, de la CEDEAO, de l’OIF, de la société civile guinéenne, de pays africains et autres. Les fraudes signalées par ces observateurs restent assez localisées, et la Commission électorale semble pouvoir y remédier sans trop de tension.

Un sursaut des forces politiques de la Guinée pour une paix durable est une exigence vitale, une éthique de responsabilité. Mais il faut avant tout souhaiter que la gravité du moment qui suit les résultats donne lieu à un sursaut des forces politiques de la Guinée. Pour sa part la majorité présidentielle ne veut pas adopter une posture triomphale en proclamant une victoire qui dans son contexte serait dangereuse. De son côté l’opposition peut se réjouir de la force que lui ont donné les résultats des législatives, résultats proches de ceux de la majorité. Dans ces circonstances il faut une union nationale pour assurer, dans la paix, l’apaisement et le développement de notre pays pour l’engager dans la voie d’une prospérité tant attendue. C’est le bon chemin pour résoudre le dilemme qui est devant le peuple guinéen. C’est la meilleure voie pour assurer les droits économiques, sociaux et culturels de ce peuple. Cela va également dans le sens de l’action de l’Académie africaine pour la paix, qui est présidée par un Guinéen.

Ainsi les représentants du peuple guinéen, politiques et aussi économiques, avec l’appui moral des représentants religieux, pourront s’appliquer afin de beaucoup élargir les progrès déjà arrachés, et sur une base de respect mutuel transfigurer la Guinée à la hauteur des espérances que justifient ses richesses naturelles et humaines. L’opposition aussi pourra tirer des mérites et des avantages d’une évolution aussi heureuse, même si la coopération initiale n’est pas encore exempte d’une certaine méfiance, et cela lui permettra de dégager ses meilleures perspectives pour les scrutins électoraux futurs. Le peuple guinéen comprendra alors que ses dirigeants travaillent utilement. Que des premiers pas soient faits dans ce sens, sous la forme de rencontres préparées avec prudence et lucidité, sans les emportements des temps dont nous sortons. Nous savons que d’autres pays africains ont su s’engager dans une telle voie, et s’en réjouissent aujourd’hui.

La Guinée, qui grâce à ses ressources morales, intellectuelles, culturelles et naturelles, peut être un modèle sur notre continent, en sortira grandie aux yeux de tous ! Un des exemples africains a été le Kenya, où une majorité et une opposition ont partagé leurs pouvoirs au lendemain d’élections âpres. Mais au Kenya il a fallu auparavant un début de guerre civile, qui avait fait des milliers de morts et laisse à ce jour un souvenir douloureux.
Que la Guinée ait la force d’éviter une tragédie, et de s’engager dans une voie de sagesse vers la paix et la prospérité !

Djély Karifa SAMOURA
Membre de la Commission Droits de l’Homme, Réconciliation nationale et Solidarité, CNT
Président de l’Académie Africaine pour la Paix (ACAP)
B.P. 3633
Conakry, République de Guinée
Email : sdjely@gmail.com